Lettre scientifique : 45 - Octobre 1996
Les choix alimentaires des enfants
Auteurs
Luc MEJEAN (INSERM , Nancy ) et Nathalie RIGAL (Université Paris X , Nanterre )
8 pages
Résumé
''Alimentation et nutrition : ce qu'en pensent les enfants''. Une étude paneuropéenne (EUFIC, 1995). Analyse et commentaires.
L'enquête présentée a été commandée par le Conseil Européen sur l'Information Alimentaire (EUFIC : European Food Information Council) et a été réalisée et exploitée par le ''Children's Research Unit'' à Londres. Portant sur un sondage mené sur quatre échantillons de 1 600 enfants âgés de 8 à 15 ans, à raison de 400 entretiens dans chaque pays de l'étude (Angleterre, Allemagne, Italie et France), elle avait pour but d'appréhender les idées que des jeunes européens se faisaient sur les questions relatives aux aliments et aux boissons, abordées selon quatre axes :
- le schéma actuel de la consommation d'aliments et de boissons ;
- l'avis des jeunes sur la nutrition et la santé ;
- les sources d'information des jeunes sur les aliments et la nutrition ;
- la façon dont les jeunes considèrent la qualité des aliments.
L'analyse critique que le Groupe de Travail sur les Enquêtes Alimentaires a été amené à formuler sur ce type d'enquêtes fait l'objet de la conférence.
Les résultats obtenus sur l'échantillon français n'apportent pas grande surprise : la division en repas, y compris le petit déjeuner absent dans seulement 5 % des cas et le contenu des repas sont conformes aux résultats décrits dans la littérature.
En France comme dans les autres pays, les jeunes apparaissent comme bien informés sur la nutrition et connaissent l'importance d'une alimentation équilibrée pour le maintien d'une ''bonne santé''. L'information nutritionnelle est réalisée par la famille et, à un degré moindre, par le système éducatif. Mais par contre, l'impact de la publicité n'est pas perçu comme un mode usuel d'information. Enfin les règles d'hygiène apparaissent comme appréhendées correctement. Au-delà de ces résultats, plusieurs questions se posent, qui seront discutées :
- le type d'échantillonnage (des enfants de 8 à 15 ans ne constituent-ils pas un échantillon hétérogène ?) ;
- le choix des questions (par exemple le choix du mot ''nutrition'' pas toujours bien compris), et au-delà l'importance du niveau culturel et social des sujets. ;
- l'importance de la ''mère'', déterminant essentiel pour les habitudes alimentaires des jeunes enfants.
La psychologie du goût : vers une nouvelle approche des préférences alimentaires enfantines.
Des données expérimentales ont été recueillies dans l'objectif de définir les critères jalonnant la description d'un aliment incorporable dans le répertoire de consommation des enfants. Des sujets âgés de 8 à 11 ans ont décrit d'un point de vue hédonique (j'aime/je n'aime pas), idéel (effets d'incorporation sur le corps et identitaires) et sensoriel (description qualitative et évaluation de l'intensité de cinq attributs : couleur, odeur, saveur, arôme et texture) un aliment inconnu et le même aliment rendu familier par une série de consommations en contexte naturel. La première étude porte sur la description d'authentique Corned Beef dégusté à quatre occasions ; la seconde étude concerne une Mousse de Poisson aromatisée à l'agrume et consommée six fois.
Les résultats contrastés entre études indiquent que l'aliment incorporable (Corned Beef) fait l'objet de certaines modifications descriptives en cours de familiarisation ; et ceci contrairement à l'autre produit (Mousse de Poisson) :
- Hédonisation : l'aliment en vient à être apprécié pour ses qualités sensorielles, en d'autres termes pour son goût (au sens large) ;
- Positivation idéelle : l'aliment est décrit comme ayant des effets plus bénéfiques sur le plan de la santé (meilleur pour le corps, qui fait plus grandir, qui fait moins grossir) et comme destiné en plus grande partie à des groupes de population signalétiquement proches des sujets expérimentaux (pour les enfants, pour les Français, pour ''moi'') ;
- Diminution de l'intensité sensorielle perçue : les attributs sensoriels sont perçus comme moins intenses, bien que de façon significative uniquement pour la couleur, l'arôme et l'amertume ;
- Mise en congruence sensorielle : à travers un questionnement ouvert, certains sujets tendent à fournir une même réponse pour décrire l'aliment et ses attributs sensoriels.
Une tendance générale se dessine à travers ces différents indices : la construction d'une image congruente du produit d'un point de vue hédonique et sensoriel, et qui permettrait de prédire sa consommation à long terme. ''Mon aliment'' est devenu banal (donc incorporable) au sens où il ne suscite plus l'analyse de ses parties mais une reconnaissance de la structure d'ensemble."
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