Lettre scientifique : 52 - Novembre 1997

Fruits et légumes transgéniques

Auteurs

Olivier VALLAT (SONITO , Avignon ), Jean-Claude PECH (ENSA , Toulouse ), Sofia BEN TAHAR (Limagrain, Chappes).
6 pages

Résumé

Tomates d'industrie en France : une filière professionnelle soucieuse de garantir la qualité et la sécurité de ses produits.

Les professionnels de la filière de la tomate d'industrie, regroupés au sein de la SONITO, suivent avec beaucoup d'intérêt les découvertes en matière de tomates transgéniques. De manière générale, qu'il s'agisse de variétés de tomates présentant des résistances aux herbicides, des résistances aux maladies ou de celles présentant des gènes d'intérêt technologique ou nutritionnel, les professionnels attendent les conclusions des études visant à évaluer et à maîtriser les risques pour le consommateur et pour l'environnement. Par ailleurs, la traçabilité totale des lots commercialisés, depuis le champs jusque chez le consommateur, devra pouvoir être assurée.
En établissant un partenariat étroit avec l'Institut National de la Recherche Agronomique, la filière française de la tomate d'industrie a décidé de privilégier une stratégie impliquant la maîtrise des outils nécessaires à la création variétale classique et l'évaluation du matériel génétique proposé par les obtenteurs internationaux.
Contrôle de la maturation et de la qualité des fruits par ingénierie génétique. Aux Etats-Unis, des variétés de tomates transgéniques, dont le ramollissement (dégradation des pectines de la paroi) a été inhibé, sont d'ores et déjà commercialisées. Le développement d'une variété de tomates transgéniques a permis d'améliorer la durée de conservation des fruits, leur aptitude au transport et leur résistance aux maladies. De plus, en raison d'une meilleure tenue après récolte, ces tomates ont pu être récoltées à un stade plus avancé de maturation et présenter ainsi de meilleures qualités organoleptiques pour le consommateur.
Autre nouveauté, les concentrés de tomates réalisés à partir de tomates transgéniques produisent des jus et concentrés à viscosité élevée en raison de l'absence de dégradation des pectines. Des économies d'énergie sont réalisées car il est alors possible d'éviter la phase d'inactivation thermique réalisée habituellement au début du processus de transformation.
D'autres études menées actuellement en Angleterre et en France visent à améliorer la coloration et les qualités nutritionnelles de nombreux fruits, par augmentation de leur teneur en caroténoïdes - pigments responsables de la coloration des fruits mais également précurseurs de la vitamine A et antioxydants. Des résultats prometteurs ont été obtenus par différents laboratoires. Ils permettront dans un avenir proche d'offrir aux consommateurs des nouvelles variétés de fruits aux qualités nutritionnelles et organoleptiques renforcées.

Commercialisation d'un melon génétiquement modifié résistant à un virus.

Le virus de la mosaïque du concombre (CMV) attaque chaque année, dès le mois de juin, les champs de melon (102 000 hectares de culture en Europe). Ce virus entraîne un ralentissement de la croissance de la plante, une chute de rendement de 30 %, malgré les traitements chimiques, et les fruits touchés ne sont pas commercialisables. Les traitements chimiques représentent actuellement 10 % du coût de production soit 561 millions de francs.
Par génie génétique, la résistance contre le CMV a été introduite dans une variété commerciale de melon.
Pour le sélectionneur, cette nouvelle variété garantit un gain sur le coût de la sélection de semences (réduction de temps de 7 ans, réduction de 70 % des surfaces d'occupation, diminution des coûts de main d'oeuvre et d'énergie). Pour les producteurs, la culture du melon résistant au CMV sécurise la production, diminue l'utilisation et donc le coût des traitements chimiques, tout en réduisant la quantité de virus dans l'écosystème. Pour les distributeurs, comme pour les consommateurs, les qualités du fruit (présentation, saveur et arômes) sont garanties et celui-ci présente en outre l'avantage de diminuer la quantité de résidus de pesticides.
De nombreux contrôles ont été effectués afin de garantir la sécurité de consommation du fruit. Aucune trace de cucurbitacine, toxine naturelle, n'a été trouvée dans le melon résistant au CMV. Aucun changement significatif n'a été enregistré quant à la composition nutritionnelle. Les études d'allergénicité réalisées sur la pulpe de melon et les produits de digestion n'ont pas montré d'augmentation d'immunoglobuline E. Le melon résistant au CMV ne devrait donc pas induire de réponse allergique chez l'homme. Une demande de commercialisation de cette variété a été déposée en mai 1996.

par les enquêtes alimentaires conventionnelles.

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Dernière mise à jour le 11/04/12